Inflation : une "bosse temporaire" pour la Banque de France

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AFP
par Jason Wiels, le Mardi 8 février 2022 à 18:44, mis à jour le Mardi 8 février 2022 à 20:46

François Villeroy de Galhau a confirmé, mardi 8 février, devant les députés une hypothèse de croissance favorable pour 2022, tout en assurant que l'inflation devrait baisser d'ici à la fin de l'année. Selon gouverneur de la Banque de France, l'immense majorité des entreprises ayant contracté un prêt garanti par l'État pourront le rembourser.

Après deux années en forme de montagnes russes, avec une récession puis un rebond économique record, quelles surprises nous réserve l'économie tricolore en 2022 ? Auditionné par la commission des finances de l'Assemblée nationale, le gouverneur de la Banque de France a prévu une situation économique plutôt florissante pour le pays à court terme et un scénario favorable, sous conditions, à moyen terme. 

François Villeroy de Galhau a estimé la croissance à 3,6% cette année, dans le sillage des 7% enregistrés en 2021 : "Tout laisse penser que l'activité a bien résisté en début d'année." Autre bonne nouvelle : les entreprises qui ont eu recours à un prêt garanti par l'État (PGE) pendant la crise sanitaire sont "à plus de 95% en situation de le rembourser". "Nous n'avons pas le sentiment d'être débordés de dossiers", a-t-il précisé sur les quelques 5% qui pourraient poser problème. Par exception, des étalements de remboursement, voire une restructuration de la dette, pourraient leur être proposés, alors que les montants prêtés sont garantis à 90% par l'État, donc par le contribuable.

En 2023, la croissance renouerait avec des niveaux connus avant crise, autour de 1,4%. Pour les années suivantes, un gain de "un demi-point" de croissance est possible, sous l'effet combiné du plan de relance européen et à condition de remédier "à l’insuffisance de l'offre de travail". Les difficultés de recrutement rencontrés par "50% des entreprises" et le taux d'emploi des Français, encore très inférieur à celui de l'Allemagne, illustrant cet écueil.

La "bosse" de l'inflation qui devrait être "temporaire"

Sur la hausse générale des prix, qui nourrit la chronique notamment à travers la flambée du coût de l'énergie, François Villeroy de Galhau voit "une bosse plus haute et plus longue que prévu", mais qui devrait être "temporaire". Sur un an, l'inflation se maintient ainsi à 3,3% en janvier, après avoir atteint 3,4% en fin d'année dernière. Selon les projections de la Banque de France, elle devrait repasser sous les 2% "d'ici à quelques mois".

Mais à ce niveau, il ne s'agirait pas non plus d'un retour à situation d'avant la crise sanitaire. "Après la bosse, nous reviendrons à quelque chose autour de notre cible de 2%. C'est un meilleur régime d'équilibre", a-t-il fait valoir.

Le principal levier pour résorber la hausse des prix sera la hausse des taux, attendue graduellement dès cette année par la Banque centrale européenne. Cela marquerait le retour à une politique monétaire "non pas plus contraignante mais moins accommodante", a remarqué le haut fonctionnaire, alors que la France a pu emprunter encore en 2021 à des taux négatifs.

Dans un contexte de remontée des taux, la France devra alors faire refluer sa dette (actuellement autour de 115% du PIB) pour éviter le couperet d'intérêts trop élevés. Un retour sous la barre des 100% est possible en dix ans, "à condition de ne pas augmenter les dépenses publiques de plus de 0,5% par an et avec une hypothèse de croissance raisonnable".

Le coup de pouce au livret A

François Villeroy de Galhau est également revenu sur la hausse au 1er février du livret A de 0,5 à 1%, alors que son rendement n'avait fait que se dégrader depuis 2011. Fruit d'une formule "décidée par le gouvernement en 2018", le chiffre retenu aurait dû être 0,8% : 

J'ai pris sur moi la liberté extrême de l'arrondir à 1% et je l'assume. François Villeroy de GalhaU, le 8 février 2022

Une manière de compenser la hausse de l'inflation, mais seulement partiellement. L'occasion aussi de rappeler que le livret d'épargne populaire (au taux révisé à 2,2%), dont peuvent bénéficier les Français "peu ou pas imposés", reste encore peu connu : "Il serait accessible à 15 millions de Français mais seule la moitié d'entre eux en ont un", a-t-il déploré. Toucher l'autre moitié devrait alors être "une grande priorité, y compris de la part des banques".